Oui, l’OTAN est bien « décérébré », et l’Europe lâchement impuissante !

Emmanuel Macron a eu parfaitement raison de déclarer la « mort cérébrale » de l’OTAN. Comme le souligne fort justement Serge Halimi, dans le dernier numéro du Monde Diplomatique, l’armée d’Ankara, deuxième de l’OTAN, vient d’envahir le nord de la Syrie afin d’y liquider l’autonomie kurde. Washington s’en accommode tant que le régime de M. Recep Tayyip Erdoğan continue de surveiller une des frontières maritimes de la Russie, d’acheter 60 % de ses armes aux États-Unis et d’abriter des têtes nucléaires américaines.

Mais , au-delà même de cette posture particulière des Etats-Unis, on  sait fort bien que ceux-ci aujourd’hui, que ce soit sous Trump ou sous un autre Président, ne respecteraient pas la clause de solidarité militaire si le besoin s’en faisait sentir. Cette solidarité est rendue théoriquement obligatoire par l’article 5 du traité de l’Atlantique nord : « les parties conviennent  qu’une attaque armée contre  l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du nord, sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties… et en conséquence ( d’une telle attaque) chacune (des paries) assistera la partie attaquée .. par l’emploi de la force armée ». Imaginons, qu’au prétexte de protéger les intérêts de  telle ou telle minorité russophone , la Russie envahisse un pays balte, ou y provoque des troubles militaires , comme elle le fait dans le Dombass en Ukraine, il est bien  clair que les Etats-Unis n’y enverrait pas de troupes, et ne prendraient même pas le risque de faire monter la menace nucléaire d’un cran.

En 1990, quand le Pacte de Varsovie a été dissout, l’OTAN n’avait plus réellement de raison d’être. Mais il n’a pas été question de le dissoudre, ce qui aurait obligé les européens à organiser leur défense collective. Le sujet n’a même pas été évoqué entre européens et américains, ces derniers trop contents de maintenir à travers l’OTAN un moyen d’hégémonie, et un « marché » très important de ventes d’armes.Quant aux européens non nucléaires ,ils furent trop heureux de penser garder le « parapluie » nucléaire américain. Les « pays d’Europe centrale et orientale, nouveaux « européens », tout juste sortis de  la captivité soviétique,  ont été tout contents de se faire une place sous le parapluie contre l’ours russe, pour le cas où il se réveillerait un jour.

L’ancien diplomate russe Vladimir Federovski  a affirmé dans un livre[1], que le Président des Etats-Unis d’alors, Georges Bush père, avait, par l’entremise de sa diplomatie , assuré Gorbatchev, que ces ex-membres du Pacte de Varsovie, n’entreraient ni dans l’OTAN, ni dans l’Union européenne. Cette information est contestée par Jean Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schumann, qui fut lui aussi très proche, à ce moment-là, des milieux diplomatiques français et qui est certainement  l’un des meilleurs spécialistes actuels de l’Union européenne[2]. Mais qu’elle soit vraie ou fausse, elle n’invalide aucunement le raisonnement concluant à l’illégitimité stratégique de l’OTAN depuis la fin du Pacte de Varsovie

Mais, plus qu’illégitime, cette décision de maintenir l’OTAN a été une erreur géopolitique majeure. En effet, elle a d’abord été, pour Vladimir Poutine,  un formidable levier idéologique pour faire renaître dans le peuple russe cette impression séculaire d’enfermement, d’encerclement par des puissances hostiles, sur laquelle il a bâti sa popularité intérieure. Les pays occidentaux ont, en maintenant  l’OTAN, ont, en quelque sorte, « fabriqué » le Vladimir Poutine que nous connaissons  maintenant.  S’appuyant sur un peuple qu’il pense- peut-être à tort !- à sa botte, pour longtemps,  réarme et intervient par son armée ou des milices (notamment le groupe privé « Wagner ») , où encore une presse dévouée, en Ukraine, au Proche Orient, que les Etats-Unis, comme les Anglais , lui abandonnent, en Centrafrique, et même en Amérique latine , et, plus gravement encore, dans les élections des pays démocratiques.

Mais ce maintien de l’OTAN a eu une autre conséquence, peut-être plus grave encore à terme : en conservant le parapluie illusoire sur les pays d’Europe, il a évité à ceux-ci d’assurer eux-mêmes leur propre défense commune. Déjà, en  1950, la France, traumatisée il est vrai, par la guerre dont elle était sortie, parmi les vainqueurs grâce à de Gaulle, refusa la Communauté européenne de défense, qui devait accompagner le Marché commun. L’OTAN offrait alors cet abri sur dont on peut douter aujourd’hui.

Mais, aujourd’hui encore, justement, le constat d’Emmanuel Macron, sur la décérébration  de l’OTAN, a donné lieu à des réactions aigres douces, notamment des allemands, et, bien sûr, des polonais, qui savent fort bien que pour être réellement défendus en cas de réveil militaire des russes, la seule assurance serait une défense européenne.  L’OTAN devient le prétexte, pour ces pays, de ne pas fournir l’effort de réarmement, réduire ses dépenses, ne pas augmenter ses impôts et dégager des excédents budgétaires Ne serait-ce, peut-être,  que pour pouvoir reprocher à la France de ne pas respecter la norme de 2% de déficit budgétaire « structurel » c’est-à-dire une fois déduits les effets de la conjoncture économique, même si elle respecte maintenant le seuil de 3% du déficit budgétaire brut. Mais aussi pour ne pas avoir à s’engager dans le monde, au risque, comme la France et les Etats-Unis, de perdre des soldats.

Notre pays vient de perdre 13 soldats d’élite dans un accident d’hélicoptères au Sahel, soit un total de 44 militaires depuis 2013. Mais l’intervention dans ce territoire grand comme cinq fois la France, qui a été légitimement décidée par François Hollande, n’avait pas seulement pour but  d’y défendre les intérêts français, et les quelques 3.000 compatriotes présents au Mali. Même si, à lui seul, cet objectif eu été légitime !  S’il a été engagé avec l’aval de l’ONU, c’est parce qu’au-delà de ces compatriotes, le combat très difficile contre les antennes de Daech et d’Al Quaida au Mali, protège aussi l’Europe.

Si ces groupes terroristes parvenaient à leur objectif initial, à savoir reconquérir Tombouctou, et conquérir Bamako, voire amputer le Burkina Fasso et le Niger de parts  de leurs territoires, ils disposeraient alors d’une base équivalente à celle qui avait été conquise en Irak et Syrie, d’où l’organisation d’attentats à distance redeviendrait possible. Le Maroc serait vite atteint lui aussi. Et de là ??

Les dirigeants de l’OTAN avancent parfois que, sans les moyens matériels américains, nombre de nos opérations n’auraient pas été possible. Peut-être ! Mais c’est justement pourquoi l’Europe doit de toute urgence songer à se doter d’une force commune de défense, avec une capacité d’opérations extérieures.  Tant que nos voisins et amis continueront de feindre de croire en l’OTAN pour ne pas faire les efforts nécessaires  à leur propre survie à terme, ou à une capacité de participer d’une seule voix, à une négociation pour une vraie paix mondiale, la France , pour sa survie, mais à un coût évidemment plus élevé pour elle devra pallier cette lâcheté européenne.

A tout le moins l’Union européenne pourrait-elle nous donner un coup de pouce budgétaire pour nos OPEX ou extraire les dépenses afférentes du plafond de 3% fixé au déficit


[1] «  Poutine de A à Z » Stock – 2017

[2] A l’occasion d’une conférence au Forum nîmois Charles Gide sur le Brexit

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